La faiblesse de l'aide gouvernementale contraint de nombreux Népalais à reconstruire leur maison sans respecter les normes antisismiques. 

Reportage.DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL AU NÉPAL, ARMIN AREFI
Modifié le 28/04/2016 à 14:08 - Publié le 28/04/2016 à 10:06 | Le Point.fr

 

Photo séisme

Son rêve s'est révélé prémonitoire. Fin 2014, Haribansa Thami, maçon de 36 ans du village népalais de Suspa, fait un étrange cauchemar. « Un séisme faisait trembler le sol, et toutes les habitations s'écroulaient », raconte ce solide jeune homme au visage d'enfant. « Je me suis alors dit que, si une telle catastrophe se produisait réellement, elle raserait tout sur son passage. » Et pour cause, les fragiles structures, en pierre et en terre, des maisons du village ne pèseraient pas lourd face à un véritable tremblement de terre. Six mois plus tard, la prophétie se réalise.

Le 25 avril 2015, un séisme de magnitude 7,8 frappe le Népal. Le maçon se trouve alors dans un village voisin, apportant des conseils au propriétaire d'un chalet en construction. « On ne pouvait plus rien contrôler, tout tremblait et tombait autour de toi », se souvient-il. In extremis, le jeune homme parvient à mettre à l'abri le propriétaire, pourtant ivre, ainsi qu'une femme. Tous n'auront pas cette chance.

Double séisme

De retour à Suspa, le vaillant ouvrier découvre une famille ensevelie sous les décombres. « Dans notre malheur, nous avons tout de même été chanceux », confie-t-il aujourd'hui. « En raison d'une coupure d'électricité, mes enfants jouaient à l'extérieur de la maison et ont donc été sauvés. » Sa maison aussi a été épargnée... pendant un jour. Le 26 avril au matin, elle s'est soudainement écroulée.

Haribansa Thami, sa femme et leurs quatre enfants n'ont alors d'autre choix que de s'abriter sous une tente de fortune, protégée par une fine couverture en plastique. Les autorités népalaises jurent qu'il n'y aura pas de répliques. Mais la terre tremble de nouveau. Le 12 mai 2015, un second séisme, de magnitude 7,3, frappe le pays. Au total, 9 000 personnes perdront la vie, et plus d'un demi-million d'habitations seront détruites à travers le pays. Les images de la catastrophe feront le tour du monde. Plus de 3,7 milliards d'euros de dons internationaux sont collectés par le gouvernement népalais.

Normes non respectées

Or celui-ci tarde à agir. Paralysé par une grave crise politique, Katmandou met sept mois à créer l'autorité chargée de la reconstruction du pays. Et si les autorités népalaises promettent à chaque foyer touché 1 800 euros pour la reconstruction de la maison, elles conditionnent désormais cette aide au respect des normes antisismiques. « Le problème est que les familles népalaises ne disposent pas de suffisamment d'argent pour construire des maisons aux normes », souligne Mattias Bryneson, directeur Népal de l'ONG Plan International. « Nous l'avons dit au gouvernement, qui nous a répondu que l'argent en liquide n'était qu'une partie de l'aide, et que les Népalais pourraient également contracter des prêts. »

Photo séisme 2

Sur les 1 800 euros promis par le gouvernement pour la reconstruction de sa maison, Haribansa Thami n'a reçu pour l'heure que 375 euros. Et les a d'ores et déjà dépensés en vivres et vêtements pour sa famille.    © Armin Arefi Le Point

Pour l'heure, le jeune Haribansa Thami n'a reçu que 375 euros de la part du gouvernement. « C'est beaucoup trop peu, insiste-t-il. Il faut déjà 1 800 euros rien que pour les fondations d'une maison ! » Le gouvernement a pourtant fourni aux Népalais les plans des futures maisons aux normes. « Le respect de ces plans coûterait de 2 500 à 12 000 euros, selon la taille de la maison ! » renchérit Norbutengen Tamang, autre maçon habitant le village voisin de Bhusapheda.

Prochain séisme

Sans l'once d'une hésitation, Haribansa Thami a dépensé les 375 euros pour acheter des vivres et des vêtements à sa famille. Et sans attendre les hypothétiques 1 425 euros gouvernementaux qui restent, le maçon s'est attelé, seul, à la reconstruction de sa maison, au risque de ne jamais se voir verser la totalité de la somme promise par le gouvernement. Désormais en tôle et en bois, sa nouvelle bâtisse, achevée en quatre mois grâce à ses économies, paraît beaucoup plus robuste que la précédente. « Elle ne protège pas contre le froid, mais demeure plus solide », assure le maçon. Assez pour résister au prochain séisme ?

À en croire une étude menée par des universités britannique, américaine et française publiée en janvier, le Népal serait à la merci d'un autre tremblement de terre dans les années à venir, la grande faille qui a rompu sous l'effet des tremblements de terre de 2015 étant encore soumise à une énorme pression, juste en dessous de Katmandou. « Il n'est pas possible de prédire précisément quand un autre tremblement de terre va se produire », explique John Elliott, de l'université d'Oxford, auteur principal de l'étude. Mais il faut que le pays et les villes « s'assurent qu'ils sont bien préparés pour le jour où cela arrivera »