Quelques éléments pour mieux comprendre le blocus économique imposé par l’Inde au Népal. (Extraits d’un article de Gérard Toffin paru le 30 septembre 2015 sur le site Asialyst.com)

 Le dimanche 20 septembre 2015, le président de la république népalaise a promulgué la nouvelle constitution du pays. C’est un événement majeur que les Népalais attendaient depuis huit ans et qu’ils ont célébré avec fierté. Il aura fallu deux assemblées constituantes, des grèves à répétition, des conciliabules sans fin entre leaders politiques de bords opposés, ainsi que plus de 40 morts lors de manifestations au cours des semaines passées dans le sud du pays pour en venir à bout.

 Nouvelle constitution

Les députés applaudissent après l'adoption de la nouvelle Constitution, à Katmandou, le 16 septembre, achevant sept ans de débats (Photo Prakash Mathema-. AFP Libération 17 septembre 2015)

Une structure parlementaire

Les difficultés achoppaient principalement sur deux points. La structure politique et le redécoupage fédéraliste. Les maoïstes défendaient une vision présidentielle, leur leader historique, Pushpa Kamal Dahal, alias Prachanda, se voyant bien dans la peau de la figure suprême. Ses adversaires politiques, membres du Congrès et du Parti communiste, prônaient, eux, un régime parlementaire proche du modèle indien. La constitution tranche finalement en faveur d’un système parlementaire, en usage lors des rares épisodes démocratiques qu’a connu le pays depuis 1951. Le président de la république n’a qu’un rôle honorifique, protocolaire et cérémoniel.

 Un fédéralisme en forme de décentralisation

La question du fédéralisme semblait insoluble. Le Népal est un pays multiethnique, multilinguistique, composé d’une centaine de groupes ethniques et de communautés différentes, jalouses de leurs droits et de leurs identités.

Les groupes ethniques (Adivasi-Janajati) n’ont guère été entendus. Les sept provinces créées ne sont guère basées sur des critères ethniques ou linguistiques. Ce sont des zones géographiques assez larges regroupant plusieurs castes et ethnies. Leurs pouvoirs, limités, ne s’étendront ni à l’éducation, ni à l’aide étrangère, ni à la justice. En dehors du népali, la langue nationale, une seule langue parmi les groupes minoritaires sera reconnue par l’Etat dans chaque province. Le modèle multiculturel reste un pilier central, mais il n’a pas été matérialisé politiquement.

La question du Terai non résolue

C’est cependant la question du Terai, cette longue et étroite plaine située au sud du pays, dans le prolongement de la plaine indo-gangétique indienne, qui cristallise les tensions les plus vives. Cette zone bordière concentre à elle seule plus de la moitié de la population du pays et en constitue le poumon économique. Ses habitants de castes indiennes, les Madhesi (22 % de la population du Népal), ont une culture différente de celle des zones des collines. Ils sont plus proches des populations du Bihar et de l’Uttar Pradesh en Inde et ils parlent davantage le hindi et d’autres langues indiennes que le népali. De surcroît, ils se marient fréquemment de l’autre côté de la frontière. Ils réclamaient pour eux seuls une ou deux régions limitées au Terai.

Les réactions

Déçus, les Madhesi, Tharu et autres Adivasi (surtout ceux de l’est du pays) ont accueilli la constitution avec hostilité. Ils manifestent, bloquent les routes et les postes frontières avec l’Inde. L’Inde, protectrice attitrée des populations madhesi, a accueilli fraîchement la nouvelle constitution. Pour exprimer son mécontentement, elle a fermé quelques routes ça et là le long de la frontière commune (1 750 km), provoquant immédiatement une pénurie de carburant au Népal.

Pénurie essence Pénurie gaz

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  Au marché noir, il faut compter 5 € le litre d’essence et 70 € la bouteille de gaz.