La Lettre d'AMZH

Aide Médicale au Zanskar et en Himalaya - Bulletin d'information n°3 - Décembre 2015

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 « Ce n’est pas le paysage qui est petit ; c’est la fenêtre par laquelle on le regarde. »    (Dicton tibétain)

 

EDITORIAL     

AMZH affirme sa présence au Zanskar depuis 22 ans et au Népal depuis un peu plus de 3 ans. Le caractère médical de notre action s'est peu à peu transposé sur le terrain de l'éducatif et du social.

 En  2015 les populations ont été touchées par des catastrophes naturelles. Dans l’urgence nous avons répondu aux demandes locales, et même si notre participation financière est infime en regard des besoins, nous en sommes fiers.

Malika Kalshe (4)

Nos partenaires locaux, connus de longue date nous orientent dans le choix de nos projets et nous garantissent de leur bonne réalisation. Ils sont fiables, honnêtes et communiquent avec nous malgré les difficultés liées à l'éloignement. Leur participation elle aussi est bénévole.

 Sur le plan de la communication nous vous invitons à découvrir notre nouveau site internet  "interactif" qui vous apportera de nombreuses images illustrant nos actions.

 Nous remercions nos adhérents et sympathisants répartis sur toute la France pour leur soutien financier et moral; en particulier la représentation alsacienne qui a fortement augmenté cette année.

Au nom de toute notre équipe et des populations que nous aidons, merci!

Dr Noël POIRIEL PRESIDENT

 

AMZH Canalblog

 Le nouveau site internet d’AMZH est opérationnel depuis le 2 novembre 2015 à l’adresse suivante :

http://AMZHimalaya.canalblog.com

 C’est toujours une aventure de créer un site internet et ce n’est pas le premier qui voit le jour sous les « couleurs » de notre Association.

 Choisir une plateforme d’hébergement est un des éléments clé du succès et de la pérennité du site.

Grâce à Serge Lerch, créateur de 2 blogs (liens ci-dessous) et à Danielle Ehrsam qui nous a mis en relation, la conception du blog a été entre de bonnes mains.

L’autre facteur est de l’alimenter régulièrement car le visiteur cherche de l’information.

C’est ce que nous allons essayer de faire à l’avenir. Mais vous aussi, vous pouvez apporter votre pierre à l’édifice en nous adressant vos commentaires, nous transmettre des infos relatives aux sujets traités et l’actualité qui nous aurait échappé.

Ce blog, il est également le vôtre.

 Blogs de Serge Lerch : http://blhhisto.canalblog.com/ et http://bourbachlehaut.canalblog.com/

 

ASSEMBLEE GENERALE D’AMZH 30 AVRIL 2016 à BOURBACH LE BAS (68290) à 15h Salle du Lierenbuckel

Bourbach hiver (6)

Bourbach le Bas

 

ZANSKAR

Après les inondations catastrophiques 

Le 31 décembre 2014, suite à un énorme glissement de terrain, un lac artificiel d’environ 270 hectares ,15 km de long et 60 m de haut, s’est formé et a bloqué la rivière Tsarap. Le lac a soudainement cédé le jeudi 7 mai, emportant sur son passage des écoles, des ponts et des fermes dans 40 villages en aval (source AAZ).

Zanskar innondations (1)

 Voici un petit bilan des dégâts et des différentes réactions (publiées sur facebook) qui montrent assez bien, le sentiment "d'abandon" éprouvé par les Zanskaris face à la "passivité" et au manque d'implications du NDMA (National Disaster Management Authority) et du Gouvernement de l’état du Jammu et Cachemire (J&K) Dans l’ensemble ils sont tous à dire que le Zanskar a reculé, en quelques heures,  de 10 ans. Beaucoup de ressentiments contre le gouvernement central, du J&K et l’administration du district. Les Zanskaris ont le sentiment qu’ils se sont tous servis d’eux tant que les élections étaient en jeu. Ils pensent que pour avoir leurs votes, ils ont été traités pendant un temps comme des VIP (ils ont beaucoup parlé de l’évolution du Zanskar et des améliorations à venir) et après les élections ils sont redevenus le parent pauvre voire inexistant du J&K et du Ladakh. Ils reprochent également au NDMA et au gouvernement d’être plus prompt et plus rapide à envoyer de l’aide au Népal qu’à s’occuper de leur propre pays (bien qu’ils soient tous extrêmement solidaires des népalais). Pour le moment, aucun programme d’aide n’a été annoncé par le gouvernement Indien (central ou J&K)

 Bilan des dégâts : (source Stanzin Lakpa et Sonam Wangchuck)

La route carrossable de Padum à Ammu, le hameau du village de Cha ont été durement touchés par les inondations. Deux maisons d'habitation dans le village d’Ichar. Deux bâtiments scolaires dont l’école et à priori la guest house de Phuktal Gompa. L'inondation a causé l'érosion des sols sur les terres cultivables dans beaucoup de villages. C’est une perte irréparable pour les Zanskaris.

Zanskar innondations (4)

Le pont de Pipiting est sous les eaux le jour de la crue. La population s’est réfugiée sur les hauteurs et assiste impuissante au désastre (source AAZ)

Trois ponts carrossables, dix ponts suspendus situés à différents endroits, y compris à Ichar, Padum, Topting, Cha et Pipcha, de nombreux ponceaux (petit pont à une seule arche), maisons d'hôtes, maisons d'habitation, des canaux d'irrigation, des chemins de randonnées équestres (entièrement dévastés au-delà de Raru à Phuktal) ainsi que des pâturages. Actuellement, les gens qui sont dans les zones touchées sont confrontés à de grandes difficultés pour atteindre les villages voisins ; ils doivent passer par les hauts cols de montagne, parce que les chemins de trek existants le long de la rive du fleuve sont devenus inaccessibles. Les gens du village de Nyerak sont désespérément coincé parce que leurs champs sont d’un côté de la rivière et leurs moulins à farine de l'autre côté ;  idem pour leurs yaks qui ont leurs pâturages de l'autre côté de la rivière. Leurs fils et leurs filles sont coincés à Leh et ils vont se retrouver seuls pour le difficile travail agricole alors que la plupart d’entre-eux sont âgés.

Zanskar innondations (2)

Chaque jour les élèves, notamment ceux de l’école de Stongday, ceux qui viennent de Sheela et tous les habitants de la rive droite de la Tsarap, doivent traverser le pont de Pipiting à l’aide d’une échelle métallique car après la pile du pont, il n’y a plus de route (source AAZ)

 

Le ZANSKAR en 2015 (Agnès Mallein)

Malika et Nicolas nous l’avaient dit : « Vous pouvez aller au Zanskar avec les enfants sans problème, vous pouvez même faire un trek. » … et c’est ce qu’on a fait … et c’était fabuleux !

En 15 ans, l’Inde et le Zanskar ont beaucoup changé : on ne voit presque plus de taxis jaunes à Delhi, la capitale est maintenant envahie de grosses berlines blanches, on trouve difficilement des téléphones publiques puisque tout le monde se promène avec son portable à l’oreille … même à Pipiting ! Les prix ont quadruplé … et au Zanskar, l’argent est arrivé dans presque toutes les familles, dans presque toutes les poches, excepté dans la Lungnack où le troc semble encore pratiqué.

Mais, malgré toutes les marques de modernité et de changement qu’on observe, le Zanskar reste un tout petit territoire isolé dans un grand état malmené par les extrémismes religieux. Il faut toujours des jours et des jours de route ou de marche pour y accéder, et là-bas, les zanskarpas se font toujours agresser pour un oui ou un non. Les liens sont rompus entre musulmans et bouddhistes de Padum.

Les anciens prônent toujours la non-violence, mais on a rencontré des jeunes ayant développé, depuis leur passage à l’université, une conscience politique aiguisée. Ils sont lucides, critiques, exigeants, voire un peu agressifs …  Ils sont représentés au Zanskar, au Ladakh et dans les villes du Jammu & Kashmir et ils prennent la parole à chaque exaction. Ils ont, par exemple, inondé le net d’info concernant le glissement de terrain au-dessus de Phuktal. Ce sont eux qui ont transmis l’idée que la reconstruction des ponts relève de la responsabilité de leur gouvernement, non des aides internationales. Pour eux, le projet d’ouverture de la route Darsha-Padum représente la fin de l’isolement et le rapprochement avec Delhi. Pour nous, l’ouverture de cette route signifie l’arrivée du tourisme indien au Zanskar et représente la fin de la société paisible et joyeuse (du moins en apparence) que l’on connaît. Padum deviendra-t-il un jour le Manali du Zanskar ???

Tashi et Pedma

Pedma et Tashi entourés de 350 invités

Mais ces tensions ne sont pas visibles au quotidien. Pour ma famille, ce voyage a surtout été un formidable moment de vie avec les pipitingpas. Il y a 15 ans j’avais quitté des enfants, j’ai retrouvé des adultes. J’ai eu du mal à les reconnaître, comme j’ai souvent eu du mal à reconnaître leurs parents, à retrouver leurs noms … Dolma Lamo, elle, n’a pas changé ! Elle va prendre sa retraite prochainement mais elle est encore très active, à l’hôpital comme dans son village. Pedma et Tashi, non plus, n’ont pas changé excepté quelques cheveux blancs ! La vie a repris, comme si on s’était quitté la veille. Leurs enfants se sont occupés des nôtres comme s’ils s’occupaient de leurs petits frères, les emmenant partout avec eux, leur préparant des momos aussi souvent que possible. On a passé la première semaine à vivre au rythme de leur famille, la deuxième à fêter les mariages et la troisième à visiter le Zanskar ! 

Les Nyopas

Les Nyo-pas devant la maison de la fiancée.

Nyo-pas : garçons représentant le fiancé, appelés « acheteurs », doivent se rendre à la maison de la fiancée. Un groupe de filles en barre la porte et ne l’ouvre que quand leurs questions chantées ont été échangées contre les réponses chantées des garçons. Ces chants sont remplis de métaphores et d’expressions énigmatiques.

Dolma et Norbu           Tenzin et Gyaltsen

                            Norbu et Dolma                   Les jeunes mariés         Tenzin et Gyaltsen

On était arrivés par la route, on est repartis à pied et à cheval par la Lungnack où l’on a pu voir les dégâts de la rupture du barrage naturel. Les ponts ont été emportés, quelques passerelles provisoires ont été reconstruites pour les piétons, mais les chevaux et les voitures ne traversent pas. Les voitures ne circulent plus au-delà de Raru.

Pont

La passerelle provisoire de Cha

Les villages du haut de la Lungnack restent très isolés, quelques rares trekkeurs y sont passés cette année. On observe peu de changements dans les villages après Ichar, les enfants et les femmes travaillent toujours dans les champs, les maisons sont anciennes …On est montés par la rive droite de Raru à Cha. La traversée des passerelles a été une véritable aventure en soi, on a eu notre dose d’adrénaline. Des ouvriers népalais travaillent à la reconstruction des sentiers de la rive gauche pour permettre au moins les déplacements à pied et à cheval.

Sentiers de la Lungnak

les sentiers de la Lungnack impraticables depuis mai

 Retour 1         Retour 2

Le retour

MEETING du 6 août avec la Pomo Association  (Agnès Mallein)

12 membres étaient présents.

La présidente, Kunzes, travaille au BDO en tant que « high officer ».

Au total, la Pomo regroupe 20 membres du Zanskar et 4 membres français. Les femmes non éduquées ne sont presque plus représentées.

Elles organisent en moyenne 12 réunions ou actions par an. Les élus et les religieux leur ont demandé à plusieurs reprises de représenter les femmes zanskaries lors de cérémonies officielles. Mais le regard que posent les hommes sur leur association est très critique, ils continuent de les trouver inutiles !

Les statuts et les objectifs n’ont pas changé depuis 1996 mais elles font de l’éducation des femmes leur priorité.

 Alphabétisation : elles embauchent 2 mois par an, en hiver, des enseignants dans les villages pour apprendre aux femmes volontaires à lire, à écrire et à compter. Par exemple ça a permis à la femme de Takpa d’ouvrir une boutique à Pipiting.

 Fabrication de gonchas : dans leur boutique de Padum, elles embauchent une couturière chargée de former des jeunes. Elles vendent leurs gonchas aux locaux surtout.

 Aide aux femmes et aux filles défavorisées : elles viennent en aide à 3 orphelines pour lesquelles elles ont trouvé une famille d’accueil et une place dans une école. Elles ont une liste de 6 familles d’orphelins à soutenir. Elles demandent si AMZH peut les aider. Je leur réponds que ce ne sont pas les objectifs d’AMZH, mais bien les leurs. Du coup, la discussion sur l’aide aux orphelins a repris au sein de leur groupe : doivent-elles prévoir un budget plus important à ce poste …etc.

 La pollution : depuis plusieurs années, les associations, les écoles, les partis politiques et les groupes religieux lancent des messages et mènent des actions pour sensibiliser les zanskarpas au problème de la gestion des déchets. Mais le résultat est nul ou quasiment. Seule une association a permis d’interdire l’utilisation des sacs plastiques par les commerçants de Mane Rigmo. Les femmes de la Pomo Association seraient partantes pour des actions de ce type, mais elles sont sceptiques quant aux résultats. Je leur explique les avantages d’un incinérateur, de la mise en place d’un ramassage des ordures etc. … Selon elles ce projet devrait être porté par le gouvernement. « Mais ils ne reconstruisent déjà pas les ponts du Zanskar, ils ne vont pas acheter un incinérateur. »  Malgré tout, elles sont ok pour contacter les autres associations du Zanskar et porter en commun cette demande auprès du SDM (Sub-Divisional Magistrate).

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Remarques :

Les femmes parviennent de mieux en mieux à contrôler les naissances, 2 enfants par jeune couple autour de Padum, grâce aux dispositifs proposés à l’hôpital.

Le droit des femmes s’améliore, elles ne se considèrent pas encore l’égal des hommes mais elles observent beaucoup de changement chez les jeunes couples.

La presque totalité des filles est scolarisée.

 La vallée de la Lungnack n’est pas concernée par ces progrès. Les bébés nés l’hiver ont encore une espérance de vie diminuée, les femmes ont la vie toujours aussi rude, l’accès aux soins est difficile.

 La Pomo Association reçoit les 500€ pour la construction de leurs locaux et elle remercie chaleureusement AMZH pour son soutien.

De mon point de vue, AMZH peut leur apporter un soutien au coup par coup, selon leurs projets, comme n’importe quel autre financeur. Mais il n’est plus utile de les aider dans leur organisation propre, elles sont autonomes, actives et très motivées !!

 

TCHADAR 2003 (François Dubeuf)

C’est un voyage que je rêvais de faire depuis longtemps. Une finalité en quelque sorte, l’aboutissement d’un engagement pris il y a de nombreuses années lors de mon premier séjour au Zanskar. Ce voyage fut une succession d’impressions, d’émotions mais aussi une réalité que l’on ne peut soupçonner tant que l’on ne la vit pas.

Ce peuple est en danger, ethniquement, culturellement. La poussée de l’Islam est très forte, notamment à Padum, et une assimilation insidieuse s’opère dans la population. C’est le progrès qui s’installe et qui répond, en partie, à son attente. Quoiqu’au fin fond de la Lugnak……

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Vallée de Padum

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Prototype de skis en phase de test

Marcher sur la rivière n’est pas de tout repos. Indépendamment de l’altitude (3 500m) et du fait que nous ne sommes pas habitués à circuler sur ce type de « sol », la glace prend souvent un aspect chaotique de tôle ondulée. Et là, cela devient du sport de marcher dessus. C’est aussi une merveilleuse œuvre d’art ciselée par les vents qui s’engouffrent dans son lit, une œuvre dégrossie par le gel qui éclate ses falaises sédimentaires et ses cônes de glace, cratères béants. C’est également une œuvre d’art polie par le soleil, la rivière devient alors une patinoire d’un bleu translucide où certains osent de longues glissades. Miroir lisse, transparent, fragmenté, il piège les bulles d’air qui s’égrènent en volutes blanches et laisse apercevoir ses entrailles.

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La rivière se soulève

A l’aller, j’avais aux pieds des chaussures de montagne à semelles « vibram » Je ne les conseille pas car le « contact » avec la glace est inexistant du fait du matériau et de son épaisseur et j’ai toujours eu froid aux pieds. Plus d’une fois, je me suis étalé, ne voyant pas « le coup venir » Au retour, j’ai chaussé une paire de bottes « Lafuma », intérieur néoprène, bien structurées sous la semelle. Le jour et la nuit ! Les pieds au chaud certes, mais humides en fin de journée, « faisant corps » avec la surface gelée, elles ne présentaient aucun handicap quand il s’agissait de grimper la paroi. Et quand la glace devenait impraticable, les quelques traversées furent effectuées les pieds au sec.

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Cascade de glace

Bivouacs à la belle étoile ou dans des grottes bercées par la rivière qui craque, gronde et s’assoupit dans l’aube naissante d’une nouvelle journée, le « Tchadar » est un être vivant avec ses humeurs et ses pièges. Le bâton permet de sonder ses intentions mais parfois ne suffit pas. « Ali Baba » en fit l’expérience, la glace cédant sous ses pas. Plus de peur que de mal mais trempé jusqu’à la taille, le froid gela instantanément ses vêtements mouillés. La nuit, la Zanskar, illuminée par les feux, feule des chants traditionnels et s’écoule entre neige et glace tandis que la voûte céleste déroule sous nos yeux une voie lactée grandiose. Tous les soirs, c’est la fête avec Tashi. L’alcool et les « finger’ships » nous font oublier les difficultés de l’étape et le froid glacial qui s’installe dès que le soleil disparaît du canyon. En quelques minutes, la température chute d’une quinzaine de degrés. Les doigts agiles confectionnent les « momos », les marmites sifflent leur vapeur et nous nous regroupons autour des foyers de chaleur. C’est notre obsession, nous réchauffer.

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Confection des momos pour le dîner

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Veillée autour d’un feu dans une grotte

Au petit matin, recouverte d’un manteau neigeux étouffant les bruits, la vie peine à s’élancer dans la froidure. Tout est maladroit et les choses simples deviennent très compliqués. Plier son duvet, fermer son sac sont des exemples quotidiens. Une ou deux tasses de thé, quelques biscuits, la mécanique se met péniblement en route et les sens restent engourdis. Le premier véritable repas sera pris en fin de matinée. Les rencontres sur le fleuve sont parfois surprenantes. Des hommes, femmes et enfants, tels des bêtes de somme, tirant de longues poutres destinées au monastère de Lingshed ; un couple de canards naviguant dans une partie paisible de la Zanskar ; des pèlerins revenant du Kalachakra ; les écolières d’Ufti faisant route pour la rentrée des classes ; un haut dignitaire de Leh (ministre ?) accompagné de son staff, en campagne électorale, m’aidant à retirer mes bottes ; des traces de sang d’un ibex dont nous retrouvons les morceaux sur les épaules d’un Zanskari ; vieillards égrenant leur chapelet et marmonnant des prières, animés d’un mouvement de balancier et sondant la glace devant eux.

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La DDE locale arpentant le fleuve,corde et pot de peinture rouge, balisant tous les cent mètres et signalant les kilomètres. 

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Un pélerin de retour au Zanskar

Ce parcours mythique risque de disparaître avec la construction de la « Tchadar road » Cette route arrive maintenant à Shilling et, à terme, devrait relier Nimo à Padum. Les travaux avancent à coups de dynamite et de bulldozers. A l’autre extrémité, un axe relie Raru (vallée de la Lugnak) au-delà d’Hanumil via Padum et Zangla. Pour ceux qui sont tentés par l’aventure, un bon conseil : ne tardez pas.

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NEPAL

 PORTRAIT : Bhim Tamang (François Dubeuf)

 J’ai connu Bhim lors de mon premier trek au Népal en 1983. A l’époque, le Tour des Annapurnas s’effectuait en 20 jours Maintenant le tour se boucle en 12 jours, entrecoupé de transferts en véhicule.

Bhim 1983a

Bhim, guide au Tour des Annapurnas 1983

Bhim est né le 18 avril 1957 dans le village de Burjum Kola à 5h de marche de Pokhara. Le village se situe au pied du Machhapuchhare dont le nom signifie « queue de poisson » en népalais en raison de son double sommet. Il est vénéré comme particulièrement sacré par la population locale, et par conséquent interdit aux alpinistes. Il est considéré comme le plus beau sommet du Népal.

Matchappuchare

Machhapuchhare 6993 m d’altitude

Bhim est le troisième fils d’une famille de neuf enfants dont le père est un ancien Gurkha de l’armée indienne qui fit notamment la campagne d’Italie durant la Seconde Guerre mondiale.(Chaque année, entre 10.000 et 15.000 jeunes Népalais tentent d'intégrer la prestigieuse brigade des Gurkhas. Une unité d'élite de l'armée britannique, engagée sur tous les fronts depuis deux cents ans. Leur devise ? «Plutôt mourir que vivre en lâche»).

Kot 1989 (1)              Kot 1989 (5b)

 Les parents de Bhim 

Sa maman, femme au foyer, élève les enfants et s’occupe des champs. L’activité est essentiellement agricole dans la région. Scolarisé dans son village, il passe son bac à Pokhara et l’obtient à 18 ans.

La volonté de son père est qu’il s’engage dans l’armée indienne chez les Gurkhas. La sélection est sévère. 1er refus : il est trop maigre. 2ème refus : il a des problèmes oculaires. Il tente sa chance chez les britanniques. Pour cela, il faut d’abord être parrainé. Puis vient la sélection et, sur 500 candidats, seuls 12 d’entre eux sont acceptés. Bhim termine à la 27ème place.

L’armée ne voulant pas de lui, Bhim s’engage comme porteur en 1976 puis, l’année suivante devient chef porteur et en 1978, il est engagé comme Sirdar (guide) chez Great Himalayan Adventures, une agence de trekking situé à Kathmandu. 

De 1985 à 1988, il accompagne des groupes pour le compte de Terres d’Aventure.

Plusieurs sommets himalayens sont à son actif : En 1979, avec Marc Batard, le Thorong Peak (6400m d’altitude) et en 1985, en expédition sur le Makalu 2 (7678m d’altitude).

Il effectue son premier voyage en France en décembre 1979 puis vient régulièrement de 1981 à 1995. En 1988, avec 3 associés, il crée Mandala Trekking, agence francophone par excellence.

Bhim mars 2015 

Bhim présent à Mulhouse aux 20 ans de Kéta Kéti 

Mais l’œuvre de sa vie est sans conteste son implication vis-à-vis de ses compatriotes. Une action humanitaire qui s’est traduite au fil des ans par la création de 20 écoles et de 3 orphelinats. Sa rencontre avec Dominique Koenig en 1992 fut déterminante. En mars dernier, à l’occasion du 20ème anniversaire de la création de l’association Kéta Kéti, il me confiait : « c’est mon karma ».

 Marié, père de 4 enfants dont 2 d’un premier mariage arrangé, Bhim est un « self made man »qui par sa seule volonté et son mérite personnel, possédant une empathie et une générosité envers les autres, a apporté sa pierre à la construction d’un Népal plus égalitaire.

 Lien utile Mandala Trekking http://www.mandalatrek.com.np/French/

Tour des Annapurnas 1983 (2)

Trek du Tour des Annapurnas 1983

Camp de base de l Everest 1986 (11) 

Trek du Camp de base de l’Everest 1986

Lantang 1989 (3)   Dolpo 1996 (7)

Trek au Langtang 1989                                         Trek au Dolpo 1994

 

RAPPORT MISSION EVALUATION Népal 2015 (Malika Jourdain)

Actuellement si la situation est compliquée pour les Népalais, c'est plus à cause du blocus imposé par l'Inde que par le tremblement de terre.

En ce qui concerne le tremblement de terre, les gens se sont adaptés à la situation. Ceux qui ont des maisons détruites attendent les aides du gouvernement qui ne seront versées que lorsqu'une commission indépendante aura été créée. Ils connaissent leur pays et savent que cela peut prendre des années!  Il y a encore beaucoup de campements ou de baraques en tôle. D'après ce qu'on a vu, ils sont équipés de points d'eau potable et de latrines. Dans ces endroits, la vie a repris.

Concernant le blocus, c'est un vrai problème : les népalais sont confrontés quotidiennement à la pénurie d'essence, de gaz, de médicaments et ils commencent même à manquer de lentilles. Les prix ont flambés comme toujours dans ces cas-là. Le litre d'essence s'échange à 450 roupies népalaises (4 euros) contre 100 rps (roupies) normalement, la bouteille de gaz à 8000 rps au lieu de 1500 rps et encore elle est remplie au 2/3; tout cela au marché noir. Le trafic est très diminué  et les déplacements pas toujours simples. Il y a eu une livraison de pétrole par la Chine mais l'aide s'arrêtera de ce côté-là avec la neige.

Malika Kalshe (1)

Nous avons passé quelques jours dans le village Tamang de Kalshé. C'est un projet initié par une petite équipe d'habitants de Chartreuse, côté St Hilaire du Touvet, avec en toile de fond un jumelage entre les écoles du plateau et celle de Kalshé. C'est dans le district de Nuwakot. C'est un village situé à environ 2000m d'altitude, à 4 h de marche de la route. Il y a 300 à 350 familles soit environ 2000 habitants. En moyenne il y aurait 6 enfants par famille. Ce village a été très touché par le tremblement de terre. Environ 80% des maisons sont touchées dont 20 % complètement détruites.Beaucoup de famille habitent donc dans les bergeries. L'habitat est très pauvre : une seule pièce, un foyer au sol, pas de tuyau pour évacuer les fumées, pas de latrines dans le village. Des points d'eau mais "privés"  si on a bien compris. Gros problème d'hygiène donc. Ils cultivent le riz et le millet, ont souvent un jardin et quelques bêtes: buffle, chèvres et poules. Malgré tout, les mois de janvier, février et mars sont difficiles et la population souffre de la faim à cette période.

Il y a une école détruite par le tremblement de terre et qui est fréquentée par environ 25% des enfants du village. Elle va jusqu'à la classe 5; Les instits parlent très mal anglais.

Malika Kalshe (8)

 Il n'y a pas de structure de soins à Kalshé. L'hôpital le plus proche est à Karanithar à 4h de marche, au bout de la route. On n'a malheureusement pas pu le visiter. Il y a 2 dispensaires plus proches : l'un à Lachyang à 3h de marche environ. Il est actuellement sous tente. Nous n'avons pas trouvé le personnel. Et il n'y avait aucun équipement dans les tentes. Difficile d'avoir des infos fiables pour savoir si il fonctionne. L'autre à Ochré à 1h30 de marche aussi sous tente. Là il y avait quelques médicaments sur une table. Le médecin n'a pas été visible non plus. On a cru comprendre qu'il était bien porté sur le rakchi. Ce médecin est sensé venir 2 fois /mois à Kalshé faire des consultations, le 8 et le 22 mais dans les faits il vient plutôt 1 fois/ mois.

A Kalshé il y a un médecin traditionnel qui soigne par les plantes. Il est aussi rebouteux. Il est très respecté par les locaux. Sa femme est la matrone du village. Elle aide pour les accouchements et repère les enfants en mauvaise santé et les oriente vers l'hôpital. Ce sont 2 personnes de ressource assez exceptionnelles/ Ils tiennent leur savoir de leusr parents. L'"amchi" local va acheter des médicaments allopathiques à l'hôpital de Karanithar. Il a des ordonnances du médecin d'en bas et utilise ces médicaments quand sa médecine ne répond pas. Nous avons passé du temps avec lui et avons finalement décidé de lui laisser du paracétamol et de l'amoxicilline qu'il savait utiliser ainsi que de quoi faire des pansements. D'après les infos qu'on a pu recueillir, le problème de santé n°1, ce sont les diarrhées. Il y a aussi de la typhoïde. Des problèmes respiratoires, des infections cutanées et de l'alcoolisme.

Malika Kalshe (9)

Malika Jourdain en compagnie de Bhairab Tamang, médecin traditionnel.

Il y a eu une bonne réunion entre les habitants du village et notre petite équipe. Les besoins exprimés par les villageois sont la reconstruction de l'école et l’accompagnement pour améliorer la santé au village.

Voilà pour l'essentiel.

 

 Orphelinats (Malika Jourdain)

Nous avons rendu visites aux 2 orphelinats avec l'aide de Bhim que nous avons beaucoup apprécié. Nous avons reçu un super accueil et sommes tombées sous le charme de Kamala. Les 2 structures sont très bien tenues et les enfants sont en bonne santé, pleins de vie et pétillants. La maison qui menaçait Shree Mukti Bal Kayan Kendra a été détruite et est en reconstruction.

Malika Shree Mukti (4)

Shree Mukti Bal Kayan

A l'orphelinat de Shree Mukti Bal, la cuisine construite à l'étage n'est plus utilisable depuis le tremblement de terre. Ils ont donc investi une petite cuisine située à l'extérieur et en ce moment ils cuisinent au bois, faute de gaz. Les enfants prennent leurs repas dans la salle d'étude.

Malika Shree Mukti (1)

La cuisine provisoire à Shree Mukti Bal Kayan

A l’orphelinat de Peace Land Foundation, Bhim Tamang et Chiree Maya Tamang font un état des lieux suite au séisme du 25 avril 2015.

p1180584      François Peace Land

Malika Peace Land (6)

Orphelinat de Peace Land Foundation

 SEISME 

La belle histoire de Ripley

SDF à Sioux City dans l’Iowa, Ripley n’était pas promis à un grand avenir. Ce croisé labrador a échoué dans un refuge d’où l’ont tiré Tim et Kellee Matthew. Ces deux-là écument les refuges pour sélectionner des chiens capables de travailler auprès des hommes, ce qui leur offre une chance supplémentaire de trouver une famille. Ripley,devenu chien de catastrophes émérite, s’est envolé pour le Népal où il a participé au sauvetage de 17 personnes. Ses qualités ? Une énergie débordante doublée d’une faculté de concentration hors-norme.

Ripley

Sa détermination passait plutôt pour un défaut dans sa recherche d’un foyer, mais au travail, elle est devenue son meilleur atout. Tim et Kellee sont désormais persuadés de lui trouver un toit définitif à son retour du Népal, chez les secouristes…. (Source : Fondation Assistance aux animaux).

Premiers secours

Dans un premier temps, AMZH a fait parvenir 6.000.00 € à Bhim Tamang, notre correspondant local. La somme a été utilisée pour l’achat de 620 couvertures en duvet à destination du village de Laprak situé près de l’épicentre dans la région de Gorkha, à 80 kms de Kathmandu. 

Laprak

Laprak après le séisme

Laprak 02

Distribution des couvertures à Laprak

Aide à la reconstruction des villages de Ghormu et de Tanjomane. Ces villages se trouvent au pied du Ganeh himal, à 110 kms de Kathmandu dans le district de Dhading. La priorité, pour ses habitants, est de se protéger de la mousson, puis de l’hiver prochain. Nous avons financé l’achat de tôles pour un coût de 4.000 euros (455.000 Roupies népalaises) pour 27 familles du village ainsi que son école qui accueille des enfants âgés de 3 à 6 ans.

Tanjomane après le séisme (11)

Tanjomane après le séisme

Ghormu distribution des toles (39)

Ghormu distribution des tôles

Projet en cours

Participation à la reconstruction de l’école Shila Sita à Nal Gaum, district Nuwakot, pour un montant de 3500.00 €. Du fait des difficultés économiques liées à l’embargo indien (matières premières hors de prix. Essence : 4.00€ le litre, etc….), les travaux n’ont pas démarré.

 

L’équipe d’AMZH vous présente ses meilleurs vœux de prospérité, de bonne santé et de bonheur pour cette nouvelle année 2143 placée sous le signe du singe dans le calendrier tibétain.

 

AMZH : Association loi 1901 Déclaration à la préfecture des Yvelines n°1494 -Journal Officiel du 19 octobre 1994  Siège social : 14, rue Montaigne 78140 Vélizy-Villacoublay